Deux outils, deux façons de vous facturer
Avant de parler fonctionnalités, regardez comment chacun vous fait payer. C'est ce qui pèse le plus sur la facture d'une PME, et c'est justement le point que la plupart des comparatifs survolent.
Mailchimp facture au nombre de contacts. Plus votre audience grossit, plus le forfait monte, même si vous n'envoyez qu'une campagne par mois. Petit piège que je retrouve chez beaucoup de clients : les contacts désabonnés ou inactifs restent comptés tant que vous ne les archivez pas. Une base jamais nettoyée, c'est de l'argent qui part chaque mois pour des gens qui ne vous lisent plus.
Brevo (l'ancien Sendinblue, rebaptisé en 2023) fait l'inverse. Ses offres payantes reposent surtout sur le volume d'emails envoyés par mois, avec un stockage de contacts bien plus large. Pour une PME qui a accumulé quelques milliers d'adresses au fil des devis, des salons et des commandes, et qui envoie deux ou trois campagnes par mois, l'écart de prix penche souvent nettement en faveur de Brevo. Vérifiez vos chiffres sur la grille tarifaire officielle de Brevo, elle bouge régulièrement.
Attention au raisonnement inverse, quand même. Si vous écrivez très souvent à une petite liste, le modèle au volume perd de son intérêt. Fixez d'abord votre rythme réel (mon article sur la fréquence idéale pour envoyer une newsletter peut vous aider à trancher), puis faites la simulation sur les deux grilles.
Côté gratuit, Brevo propose un plan sans frais plafonné en envois quotidiens. Celui de Mailchimp a fondu ces dernières années et ne convient plus qu'à une toute petite liste. Si vous voulez démarrer à zéro euro, j'ai passé en revue les options dans mon comparatif des logiciels d'emailing gratuits.
RGPD : le vrai sujet pour une entreprise française
C'est souvent la première question qu'on me pose, et elle mérite une réponse nuancée. Non, utiliser Mailchimp n'est pas illégal. Oui, Brevo vous simplifie clairement la vie.
Brevo est une société française, basée à Paris, soumise au RGPD de plein droit, et l'éditeur indique héberger les données de ses clients en Europe. Pour votre registre des traitements, c'est confortable : pas de transfert hors de l'Union à justifier. Et le jour où un grand compte ou une collectivité vous envoie son questionnaire de conformité fournisseur, vous répondez en cinq minutes.
Mailchimp appartient à l'américain Intuit et traite les données aux États-Unis. Après l'invalidation du Privacy Shield en 2020 (le fameux arrêt Schrems II), plusieurs autorités européennes ont critiqué l'usage d'outils américains. Depuis 2023, ces transferts s'appuient sur un nouveau cadre, le Data Privacy Framework, que Mailchimp invoque en complément de clauses contractuelles types. Juridiquement, ça tient aujourd'hui. Mais ce cadre reste contesté, et c'est à vous de documenter le transfert. La page de la CNIL sur les transferts de données hors de l'UE explique les mécanismes sans jargon.
Et surtout, une chose que les deux éditeurs ne disent pas assez fort : l'outil ne rend pas votre emailing conforme à votre place. Consentement, lien de désinscription dans chaque message, pas de fichier acheté : tout ça reste votre responsabilité, chez Brevo comme chez Mailchimp. Pensez aussi au contrat de sous-traitance (le DPA) de l'éditeur, les deux en proposent un, à conserver avec votre documentation RGPD.
Fonctionnalités : où chacun prend l'avantage
Sur le cœur du métier, envoyer une newsletter propre à une liste segmentée, les deux font très bien le travail. Les différences sont ailleurs.
| Critère | Brevo | Mailchimp |
|---|---|---|
| Éditeur | Société française (Paris) | Groupe américain Intuit |
| Facturation | Surtout au volume d'emails envoyés | Au nombre de contacts |
| Données | Hébergées en Europe selon l'éditeur | Traitées aux États-Unis |
| Langue | Interface et support en français | Interface traduite, support surtout en anglais |
| Emails transactionnels | Inclus | Module séparé, payant |
| Autres canaux | SMS, WhatsApp, chat, CRM commercial | Surtout l'email, plus pages et formulaires |
| Éditeur d'emails, rapports | Correct et efficace | Plus abouti, analyses plus fines |
| Intégrations | Les essentielles (WordPress, WooCommerce, Shopify, PrestaShop) | Catalogue très large |
Ce que je vois sur le terrain : Brevo plaît aux PME qui veulent tout au même endroit. Les confirmations de commande et les relances de devis partent du même compte que les newsletters, le SMS sert aux rappels de rendez-vous, et un petit CRM commercial est inclus. Pour une structure sans équipe marketing, c'est précieux. Si c'est le suivi commercial qui vous intéresse avant tout, comparez quand même avec les meilleurs CRM taillés pour les TPE avant de tout centraliser.
Mailchimp reste plus agréable pour qui enchaîne les campagnes visuelles : éditeur plus fin, modèles plus soignés, rapports plus détaillés. Et quand une entreprise utilise déjà une poignée d'outils américains, il y a presque toujours un connecteur Mailchimp prêt à l'emploi.
Les cas où je conseille quand même Mailchimp
Je ne suis pas dogmatique. Il y a trois situations où je laisse un client sur Mailchimp, voire où je l'y envoie :
- Vous y êtes déjà, avec des années d'historique, des automatisations qui tournent et une équipe formée. Une migration prend du temps (contacts, modèles, formulaires du site, scénarios), et le gain doit la justifier.
- Vous vendez surtout à l'international, en anglais, et vos clients ne vous interrogent jamais sur l'hébergement des données.
- Votre stack repose sur un outil qui ne se branche proprement qu'à Mailchimp.
Dans tous les autres cas, et ça représente la majorité des PME que j'accompagne (cabinets, artisans, négoces, petits e-commerçants), Brevo coche plus de cases pour moins cher.
Mon verdict pour une PME française
Vous partez de zéro ? Brevo. Vous gagnez sur le prix dès que la base grossit, sur la langue, sur la tranquillité RGPD, et vous avez le transactionnel et le SMS sous la main le jour où vous en aurez besoin.
Le test qui tranche : prenez votre nombre de contacts et vos envois mensuels, simulez-les sur les deux grilles officielles, et gardez celui qui coûte le moins pour les fonctions dont vous vous servirez vraiment. Vingt minutes, pas plus.
Dernier conseil, quel que soit l'outil : configurez l'authentification de votre domaine (SPF, DKIM, DMARC) dès le premier jour. C'est elle, bien plus que le logiciel choisi, qui décide si vos emails arrivent en boîte de réception ou en spam.



